7-3: Le chat est une particule 8




Enfin. Si vous n’avez rien compris à ce qui précédait, c’est normal, moi non plus, et de toute façon je pars du principe que la science c’est comme l’amour: ce n’est pas parce qu’on ne comprend pas qu’on ne comprend pas – et ça ne doit surtout pas nous empêcher de résumer encore un peu l’affaire un dernier petit coup dans ce dernier petit texte histoire de faire une conclusion tout en ajoutant discrètement de nouvelles informations histoire de ne pas perdre la main:

l’univers on l’a dit n’est pas contrairement aux idées reçues juste un univers mais c’est bien plus, c’est un multivers qu’il faut se représenter comme une grosse casserole n’arrêtant pas de s’agrandir (c’est l’éternelle inflation) mais aussi bouillant et formant des flopées d’univers-bulles qui sont des univers ayant cessé de grandir et stabilisés sous la forme de petites bulles comme les bulles qu’il y a dans la flotte avant que nous plongions nos pâtes dedans, or tous ces univers n’existent pas réellement en même temps, ils existent à l’intérieur d’un multivers infiniment grand infiniment grandissant à la manière du chat mort et du chat vivant dans la boîte c’est-à-dire qu’ils existent dans un espace probable, en tant que résultats possibles d’observations tout comme chats morts et chats vivants sont des résultats possibles après ouverture de la boîte, en somme le multivers est une gigantesque boîte-casserole en infinie expansion dans laquelle s’ébattent des hordes et des hordes de chats-univers-bulles à la fois morts et vivants et qui n’attendent qu’une chose : qu’on les regarde, pour choisir leur camp.

Voilà en tout cas ce que cherche à nous faire gober les physiciens quantiques hétérodoxes dont on sait pour l’avoir assez répété que ce ne sont pas des gens comme nous, ni même des gens tout courts, ce qui ne les empêchera pourtant pas d’avoir peut-être raison, tout tient en réalité à un test très simple sur le papier, il faut mesurer la courbure de notre univers en observant le fond diffus cosmologique c’est-à-dire le rayonnement qu’émit notre cosmos au début quand il était encore jeune et joueur et n'avait que 380000 ans et si :

notre cosmos est plat comme les observations actuelles tendent à le faire penser alors il n’y a a priori pas d’autres univers nous sommes dans le seul univers et si :

notre cosmos a une courbure négative comme pourraient le montrer d’autres observations du fond diffus dans les décennies qui viennent avec les progrès de la science de l’observation cosmologique alors il y a bien moyen que les physiciens quantiques hétérodoxes aient raison – même si ça fait mal au cœur de l’admettre – et qu’il existe un multivers en expansion infinie dont notre cosmos n’est qu’une des  microbulles et si :

notre cosmos possède au contraire une courbure positive alors au temps pour Everett et sa clique et autres tenants du multivers inflationnaire car dans ce cas c’est sûr de chez sûr qu’il n’y a pas d’univers-bulles ce qui nous permettra alors d’ouvertement mépriser les physiciens quantiques hétérodoxes quand on en rencontre et de se moquer de leurs petites habitudes de vieux maniaques (chicorée/guignolet-kirsch) et de continuer d’éprouver en toute bonne conscience des sentiments de terreur quand les moteurs de  notre avion prennent feu.

Dans l’état où vous vous trouvez (la mort suite à une catastrophe aérienne), vous pouvez bien sûr être ici à ce moment précis tenté de vous ranger du côté des physiciens quantiques hétérodoxes – dans l’espoir de connaître, à travers vos jumeaux quantiques encore vivants, dans des univers différents mais si peu, par procuration, d’autres vies – pas tout à fait la vôtre, mais si proches.

C’est une réaction humaine, compréhensible pour un mort.

Mais pensez à nous. Pensez à ceux qui restent. Pensez à ce qu’il adviendra de nous les encore vivants si l’on découvrait que le monde tel qu’on le connaît n’est pas le monde tel qu’on le connaît mais une bouillie multiverselle de mondes probables parallèles et changeants. Et je vous pose la question : que deviendront nos projets et nos esprits et nos choix et la conviction que nous avions d’être nous-mêmes, dans ce cas de figure ? Et je réponds vite fait à la question : une indescriptible tambouille continuelle dans lequel rien ne vaudra mieux qu’autre chose, prendre l’avion ou ne pas prendre l’avion, tuer le chat ou ne pas tuer le chat, jeter le bébé avec ou sans l’eau du bain, naître ou ne pas naître.

Oui, pensez à nous. Et ne souhaitez pas trop fort la victoire des hétérodoxes.

Car ce n’est jamais bon pour personne lorsque l’inconcevable triomphe. 


CMQNQ



C'est meilleur que n'importe quoi ou CMQNQ est un livre d'aphorismes et de fragments et de morceaux, écrit par mézigue, qui vient de paraître au Cactus Inébranlable et qu'on peut se procurer de différentes façons suivant l'origine géographique, la condition socioculturelle, les traits particuliers, la silhouette, le caractère et la forme de crâne de la personne que l'on est. 

Ci-dessous un récapitulatif des principaux cas de figure:

1. Vous êtes belge. Ou du moins vous habitez la Belgique. Alors vous n'avez plus qu'un pas à faire, vous entrez dans une librairie, n'importe laquelle, le bouquin y est, c'est parfait. 

2. Vous êtes lyonnais. Il est possible que vous me croisiez dans la rue. Auquel cas vous pouvez m'échanger le livre, que j'aurai forcément sur moi, contre la promesse d'un menu kebab sauce samouraï.

3. Vous n’êtes ni belge, ni lyonnais, par conséquent vous habitez une de ces grandes zones rurales désertiques gelées dans lesquelles il faut faire 135 bornes pour trouver une librairie. Mettez le starter, faites chauffer l'engin puis rendez-vous à ladite librairie la plus proche. Dites à la personne derrière le comptoir (le libraire) que vous voulez un livre. Il vous demandera lequel. Dites: C'est meilleur que n'importe quoi. D'accord, je veux bien vous croire, tempérera-t-il, mais quel est le titre?
Ne vous laissez pas démonter. Dites: C'est C'est meilleur que n'importe quoi, c'est le titre. Laissez glisser sur votre visage le regard torve du libraire. Et l'auteur, demandera-t-il. Dites alors: Sapin. Comme un sapin? s’inquiétera le libraire. Comme un sapin, lui confirmerez-vous. 

4. Astuce: pour vous éviter certaines complications de la situation précédente: commandez le livre sur Place des libraires, (ici: https://www.placedeslibraires.fr/livre/9782930659695-c-est-meilleur-que-n-importe-quoi-sammy-sapin/), le livre viendra directement dans votre librairie, ça vous épargnera un aller-retour de 135 bornes. 

5. Il se trouve que vous exercez le métier de bibliothécaire. Alors dans ce cas, je vous le dis tout net, c’est l’occasion ou jamais d'étoffer voire de créer votre rayon Fiction courte, fragments, brèves, aphorismes, maximes et fiction éclair. Mettez-y les Inscriptions de Scutenaire, les Greguerias de Ramon Gomez de la Serna, les Papiers collés de Perros, les Chroniques de Vialatte, les Contes liquides de Montestrela, les Autofictifs de Chevillard, le Tardigrade de Pierre Barrault, les Pensées de Lichtenberg et les Apparadoxes de de Chazal, le Journal de Renard, peut-être les Histoires blanches de Frédérique, un peu de Forneret aussi, quelques exemplaires de vos Cactus Inébranlables préférés, du Daniil Harms évidemment, du Jean-Pierre Georges of course, du Walser bien sûr, des Décoctions de Chavée, les Nouvelles en trois lignes de Fénéon, du Monterroso (j'allais l'oublier et j'eusse été impardonnable), et d'autres encore. Ça vous fait déjà un rayon épatant, auquel vous pouvez ajouter, éventuellement, plus pour lui que pour eux, un exemplaire de C'est meilleur que n'importe quoi.

6. Vous vous fichez complet, comme de votre premier complet-cravate couleur tabac/anthracite, du sort des travailleurs d’Amazon. Ou vous avez décidé que vous ne faisiez pas partie de ces gens qui pensent que s'ils ne commandent pas sur Amazon, le sort des travailleurs de chez Amazon s'en verra amélioré. Du coup vous essayez de commander le livre sur Amazon. 

7. Vous avez l’esprit de collection. Vous vous abonnez à la collection Cactus: http://cactusinebranlableeditions.e-monsite.com/pages/acheter-nos-livres/s-abonner-aux-p-tits-cactus.html

8. Vous n’êtes pas convaincu par les thèmes du bouquin (nains, femmes-araignées et personnes réfugiées). C'est votre droit. Lisez donc une critique globalement positive: http://poezibao.typepad.com/poezibao/2018/02/br%C3%A8ves-de-lecture-jules-vipaldo-christiane-veschambre-sammy-sapin.html

9. Vous êtes brachycéphale. Reportez-vous au point 7.

10. Vous êtes dolichocéphale. Reportez-vous au point 5.



14-2: Le chat est une particule 7





Mais il ne faut pas s’arrêter là. Surtout pas. Si on s’arrête là, c’est comme si tirait le frein à main au milieu de nulle part, au pire endroit pour faire une pause sur l’autoroute, là où il n’y a ni station pour acheter des club sandwichs ni aire de repos ni même toilettes incroyablement pisseuses au point qu’on se demande quel démon prend les gens dans ce genre d’endroit, pourquoi est-ce qu’ils pissent partout sur les murs des toilettes d’autoroute et même limite au plafond des toilettes d’autoroute alors que ça ne leur viendrait pas à l’idée de faire ça chez eux ; non – ne nous arrêtons pas là mais continuons vaillamment :

l’univers est donc sans arrêt en train de se diviser en des tas d’autres univers jumeaux, comme une grosse cellule qui ne cesserait de se diviser en des centaines de myriades d’autres cellules et ainsi de suite et donc l’univers n’est pas un mais furieusement multiple, c’est ce qu’on appelle le multivers et voilà qui nous mène à une autre théorie à peu près aussi forte de café à elle toute seule que l’interprétation d’Everett de la physique quantique car selon cette autre théorie, figurez-vous ça, notre univers ne serait qu’un tout petit point fini/bloqué dans un déjà immense ensemble qui lui ne s’arrêtera jamais au grand jamais d’encore s’agrandir.

Et ce qui serait chouette mais alors vraiment chouette se disent un certain nombre de physiciens quantiques hétérodoxes du moment (nous parlons ici d’une minorité d’individus activistes contestataires auxquels nous faisons peut-être trop de publicité et à qui nous accordons sans aucun doute plus d’importance qu’ils n’en ont, la plupart des autres physiciens quantiques comme signalé plus haut sont des gens tout à fait comme des gens, soit vous soit moi : ordinaires ni plus ni moins), ce qui serait vraiment uberchouette pour eux c’est que l’interprétation d’Everett fonctionne avec cette autre théorie dont on vient de parler et qu’on peut nommer multivers inflationnaire si on veut mais c’est vraiment pas facile à se rappeler, et même le top du top ce serait que l’une et l’autre ne soit en fait qu’une seule et même chose, par exemple on pourrait imaginer que l’univers est une casserole géante en expansion infinie dans laquelle des mégazillions d’univers comme le nôtre stoppent à un moment donné leur croissance ce qui fait qu’ils vont se stabiliser sous forme de bulles comme ça arrive souvent dans les casseroles très chaudes – et ce coup de la casserole pleine d’univers d’une certaine façon arrangerait l’interprétation d’Everett et la théorie du multivers inflationnaire ensemble puisqu’un reproche qu’on peut adresser à l’idée d’un multivers qui n’en finit pas grandir c’est que là-dedans il y aurait une infinité de résultats possibles pour tout et n’importe quoi (chats morts, crash aériens) – avec ce multivers-là considéré tout seul on ne pourrait plus rien calculer car tout absolument tout serait non seulement possible mais aussi réel car tout absolument tout serait forcément arrivé une fois quelque part or une théorie qui ne permet pas de calculer des trucs autant dire que c’est pareil qu’un couteau sans lame auquel manque le manche ou qu’un martini sans olives et sans martini ou qu’une pizza sans pâte ni garniture ni base crème ni base tomate autant dire que ça n’a pas trop d’utilité.

Alors que dans l’autre cas : avec le multivers + les bulles, avec les univers-bulles dans la casserole cosmique ça peut marcher, ce serait envisageable que de très nombreux univers-bulles coexistent dans un multivers mais de façon probabiliste soit de la même façon qu’un chat mort et un chat vivant coexistent de façon probabiliste à fifty-fifty dans la boîte tant qu’on l’a pas ouverte, ce qui fait que tout ne serait pas toujours déjà arrivé quelque part mais par contre tout pourrait arriver et à partir de là on serait vite en mesure de se remettre à faire ce qu’on aime quand on fait de la science, j’ai nommé : des calculs avec des probabilités comme vous avez dû en faire suivant votre filière au lycée quand vous n’étiez pas encore mort – mais en bien évidemment extrêmement incroyablement plus compliqués.


13-2: Le chat est une particule 6




La grande idée d’Everett est donc : chaque événement, chaque chose qui se produit au niveau quantique concerne tout l’univers, affecte l’univers dans son état entier.

Ou dit autrement : en ouvrant une boîte avec un chat mort ou vivant, en jetant un coup d’œil à l’intérieur, l’observateur fait bien plus que découvrir un résultat : il se dédouble, et dans le même temps l’univers, avec ses trous noirs, galaxies et systèmes et jusqu’à la moindre poussière universelle : se dédouble avec lui.

Et chacun de ces univers bis correspond à un résultat spécifique.

Il y a un univers chat-mort d’un côté.

Et de l’autre côté : un univers chat-vivant.

En sorte qu’au moment de l’ouverture de la boîte les deux chats superposés dans le chat zombie se détachent l’un de l’autre comme des sœurs siamoises dont on séparerait chirurgicalement les colonnes. Ils quittent le probable et rejoignent le sûr chacun de leur côté dans un univers différent. Et le monde ne cesse de bourgeonner ainsi en univers multiples dans lesquels il s’est passé telle chose quantique plutôt que telle autre plutôt que telle autre, il faut imaginer un arbre cosmologique extrêmement complexe qui n’en finit pas de se ramifier et nous-mêmes êtres humains et physiciens quantiques orthodoxes ou hétérodoxes et compagnons/compagnonnes de physiciens quantiques et hôtesses de l’air et enfants et dames d’un certain âge et autres poussières ne cessons de nous dédoubler et sommes donc plus nombreux que nous ne pensons l’être puisque nous possédons une infinité de jumeaux qui pour la plupart n’ont jamais pris cet avion, je parle de l’avion qui scella votre destin, et vu comme ça vous vous rendez bien compte qu’il était inutile, effectivement, de se mettre la rate au court-bouillon pour une bête histoire de moteur qui prend feu, mais encore faudrait-il pouvoir être certain que cette façon de voir est la bonne la vraie – la façon qui fonctionne, puis la question se pose de savoir si nous continuons vraiment d’être présent à travers ces doubles qui sont nous et n’ont pas pris l’avion ou qui ont découvert un chat mort alors que nous avions découvert un chat vivant ou bien si ces types-là ne sont pas plutôt des alterversions de nous-même distinctes en un point central obscur et décisif, des imposteurs de l’existence réelle, des gens qui font tout à notre place exactement de la manière dont nous ferions tout mais sans nous laisser cependant l’authentique gâche d’être qui on est.
  
Ou dit autrement : même si l’on accepte de suivre un peu les idées des physiciens quantiques hétérodoxes, de jouer un minimum leur jeu, on peut se demander avec une inquiétude de type non feinte si ce qui disparaît quand on prend le mauvais avion ce ne sera pas l’essentiel : la version de nous-mêmes qui était purement nous – sur laquelle nous avions le contrôle – dont nous pouvions dire à coup sûr qu’elle vivait notre vie.


9-2: Le chat est une particule 5


Pour être tout à fait honnête on sait assez peu de choses sur les physiciens quantiques hétérodoxes. Sinon que la plupart d’entre eux résident dans l’Ontario ou dans le Massachusetts, ce qui ne les empêche pas d’avoir une hygiène de vie assez européenne, en ce sens qu’ils boivent surtout de la chicorée le matin (accompagné d’un fruit, un agrume de préférence) et éventuellement du guignolet-kirsch le soir, à l’occasion, par exemple quand un autre physicien quantique vient les visiter pour leur parler d’une idée impossible qu’il a eue. On sait également qu’ils ont en général des femmes discrètes, douces, qui travaillent dans le secrétariat médical et écrivent des romans d’horreur. Sauf si le physicien quantique hétérodoxe est une femme, ce qui arrive plus souvent qu’on ne le soupçonne. Auquel cas elle (le physicien quantique femme) aura un homme discret, doux, qui travaille dans le secrétariat médical et écrit des romans qui vous tiendront éveillés toute la nuit (et ce même si vous en arrêtez la lecture au bout de quelques pages). Le physicien quantique hétérodoxe peut aussi être homosexuel et ça ne changera rien dans le fond, il aura un partenaire doux-discret secrétaire médical de l’un ou l’autre sexe qui écrira des romans qui donne envie de se cacher sous la couette pour échapper aux monstres déguisés en petites filles innocentes. On n’exclura pas non plus la possibilité que le physicien quantique hétérodoxe soit polygame et/ou en union libre, si c’est le cas c’est la même mis à part qu’il aura plusieurs partenaires discretsdoux secrétaires médicales/ux écrivant des romans dont on ne sait pas si on a vraiment envie de les lire jusqu’au bout mais on lit quand même la suite et c’est encore plus affreux que tout ce qu’on avait imaginé puisqu’en plus du reste la petite fille innocente-monstrueuse se révèle être la petite sœur disparue d’un des personnages principaux auxquels on s’était bien attaché et alors doit-il la tuer ou ne pas la tuer ?

Bien malin qui répondrait facilement et sans hésiter à cette dernière question. Bien malin.

Voilà pour le côté étude de terrain, mœurs-et-culture des physiciens quantiques hétérodoxes.

Maintenant voyons la théorie. Enfin une des théories.*

C’est l’interprétation dite d’Everett. A cause d’Everett : Hugh Everett.**

L’idée est assez simple, encore qu’intrigante :

quand on ouvre la boîte avec le chat mort-vivant, ce qui se passe pour de vrai, c’est que l’univers se divise en deux :

un premier univers dans lequel on est en train de regarder un chat en parfaite santé,

et un univers bis dans lequel une autre personne qui est également nous regarde l’intérieur d’une boîte vide.


Simple.


Mais intrigant.


Je vous avais prévenus.




*Il existe plusieurs interprétations hétérodoxes de la physique quantique. Outre celle d’Everett qui nous intéresse, on peut citer l’interprétation de l’onde-pilote développée par Broglie et Bohm, et les théories de la réduction spontanées de Zeh. Ça fait au moins deux autres. Mais au moment même où j’écris ces lignes, des communautés secrètes de physiciens quantiques ultrahétérodoxes mettent au point de nouvelles interprétations.

**1930 (naissance). Puis 1982 (mort). A grandi à Washington District of Columbia. Ses parents divorcent quand il est petit. Il rencontre sa femme Nancy Gore pendant ses études à Princeton. Se rend à Copenhague en 1959 pour rencontrer Niels Bohr et lui exposer sa théorie. Niels Bohr se moque de lui et lui tape sur l’épaule avec condescendance, comme si Hugh était fou. Son fils, Mark, devint une star du rock’n’roll, et sa fille, Elizabeth, se suicida.

8-2: Le chat est une particule 4




Evidemment le chat n’est pas un chat. Tout le monde l’avait compris. A cause du titre.

Le chat est une particule.

C’est-à-dire que : dans l’expérience du chat dans la boîte, pendant les trois minutes où l’on ne sait pas si le chat est mort ou vivant, où il y a du coup cinquante % de chances qu’il soit en parfaite santé et cinquante % de chances qu’il soit désintégré (si vous avez opté pour la dynamite) ou dissous (si vous avez opté pour l’acide), le chat est à la fois mort et vivant, donc zombie, il existe à la façon d’une particule quantique, on ne peut pas dire qu’il est l’un ou l’autre, mort ou vif, on est obligés d’admettre avec une petite grimace et une sensation d’abstrait dans le creux de la nuque qu’il est les deux à la fois, que ce chat se trouve entre chien et loup, coincé dans une manière de pénombre existentielle qu’on pourrait appeler aussi brouillard probabiliste ou brume quantique – et c’est cela qu’on appelle un état de superposition.

Mais : au moment où on ouvre la boîte qui est aussi le moment où on va regarder dans la boîte, le chat/particule va rejoindre un état ou un autre. Soit chat-qui-ronronne. Soit chat-qui-n’est-plus, souvenir-de-chat, chat-dont-il-ne-reste-qu’une-touffe-de-poil-roussie-parce-que-vous-avez-utilisé-de-la-dynamite, ou chat-dont-il-ne-reste-qu’une-vague-trace-organique-au-fond-de-la-boîte-parce-que-vous-avez-utilisé-de-l’acide.

Et les physiciens quantiques orthodoxes, qui sont des gens raisonnables, vont expliquer le phénomène ainsi : c’est le fait de regarder dans quel état se trouve le chat qui fait passer le chat d’un état à un autre. Tant qu’on n’a pas vu, tant qu’on ne connaît pas le résultat, le chat vivant est aussi possible que le chat mort. C’est en mesurant le résultat de notre expérience scientifique du chat dans la boîte qu’on détermine l’état du chat, qu’on le rend certain, qu’on met fin à son ambiguïté existentielle de chat zombie.

Voilà pour les explications raisonnables. Mais ces explications raisonnables – les explications des physiciens quantiques qui en tiennent pour l’interprétation dite orthodoxe de la physique quantique, également nommée interprétation de Copenhague à cause que elle a été inventée par entre autres un Danois*, ne résolvent pas tout – il y a encore des tas de points qui demeurent problématiques comme par exemple : si regarder le chat le fait passer d’un état à un autre est-ce que ça marche aussi lorsque quelque chose d’autre que nous regarde le chat, quelque chose comme une petite bestiole sans trop de cerveau par exemple disons n’importe quoi au hasard, disons une mouche, si une mouche regarde le chat est-ce qu’elle le fait passer aussi d’un état à un autre, ou est-ce que c’est de savoir, de comprendre que le chat est mort qui le rend mort, est-ce que c’est notre conscience de la situation le-petit-chat-est-mort-dans-la-boîte qui crée cette situation, qui tue le chat ? Et peut-on dire du coup que c’est en découvrant le chat-mort que nous tuons le chat ?

Ce qui revient à pointer du doigt un souci : pourquoi la mesure d’une particule-chat quantique déterminerait-elle sa position/son état ? Qu’est-ce qui se passe vraiment quand on observe une particule quantique ou qu’on ouvre une boîte avec un chat mort-vivant à l’intérieur ? Est-ce qu’on modifie l’univers chaque fois qu’on le regarde un peu sérieusement ? Qu’est-ce qu’il y a au juste dans un regard/dans une mesure qui puisse changer la configuration du cosmos ? Est-ce que ça marche avec un regard d’insecte ou avec un regard de petite fille de quatre ans et demi ou avec un regard qui serait moins qu’un regard, est-ce que ça marche avec une molécule qui se baladerait juste là à ce moment au-dessus de la boîte contenant le chat et déciderait d’y fourrer son petit œil-pas-vraiment-œil de molécule ?

C’est ce souci, l’existence de ce souci dans l’interprétation danoise de la physique quantique qui laisse de la place à l’incrédulité, à la contestation, à la dissidence ; et c’est dans cet espace laissé libre que les physiciens quantiques hétérodoxes – ceux dont le flegme reptilien gâcha les derniers moments de votre existence – vont s’engouffrer.



*Niels Bohr : 1885-1962. Avait une sœur qui s’appelait Jenny. N’obtiendra de sa femme Margrethe que des garçons (six), dont un que – sur un coup de folie – ils décideront de prénommer Aage. Connut Einstein avec qui il se disputa pas mal, au point que Einstein, excédé,  lui lança un jour « Dieu ne joue pas aux dés ! » à quoi Niels répondit « Qui êtes-vous Einstein ? » ce qui coupa son sifflet à Einstein. Sur la lune, il existe une vallée qui s’appelle Bohr (Vallis Bohr). En son honneur.


7-2: Le chat est une particule 3




De quelque manière qu’on tourne le truc, on finit toujours par y arriver. Ici. Maintenant. Quoi qu’on fasse. A ce moment précis : où il faut expliquer la différence entre les physiciens quantiques orthodoxes et les physiciens quantiques hétérodoxes.

Mais pour ça on a besoin du chat.

Vous voyez de quel chat je parle. Le chat dans une boîte. L’expérience du chat.

L’affaire est connue. Qui, d’ailleurs, (se rêvant physicien quantique), n’a pas tenté de réaliser cette expérience dans ses jeunes années ?

C’est en plus une expérience très simple.

N’importe qui peut s’y essayer. Avec peu de moyens.

Mis à part vous. Vu que vous êtes mort.

Car une fois mort on a plus d’argent pour acheter du matériel ni de facultés préhensiles pour mettre en place le matériel alors autant ne pas vous le cacher plus longtemps : les petites expériences scientifiques d’amateur à la maison le dimanche, c’est fini pour vous. Comme le reste. La froideur délicieuse d’une glace vanille-chocolat-chantilly contre vos gencives par une fin superbe d’après-midi d’été ? Ça aussi c’est fini.

Mais nous les vivants rien ne nous empêche de refaire l’expérience pour les besoins de la démonstration.

Tout ce qu’il faut, c’est un chat.

Et une boîte.

Et un dispositif létal foudroyant (à base d’acide ou de dynamite) qui a cinquante % de chances, tout pile, pas un % de plus ni de moins, de se déclencher au bout de mettons trois minutes. (La plupart des dispositifs létaux vendus dans le commerce ont une minuterie réglable, si on n’a pas la patience d’attendre trois minutes on peut la mettre sur une minute, si c’est pas assez long parce qu’on aime bien faire durer le plaisir on peut mettre plus).

On met le chat dans la boîte. C’est une boîte résistante, bien fermée, le chat est prisonnier.

Et on règle la minuterie du dispositif sur trois (là on dit trois minutes mais en vrai on fait comme on veut). On surveille sa montre.

Quand trois minutes sont passées, le dispositif a dû se déclencher ou ne pas se déclencher. De l’extérieur on ne saura pas. Le dispositif létal a été conçu pour être le plus silencieux possible et la boîte on l’aura choisie opaque et insonorisée de façon qu’elle ne laisse rien paraître de ce qui peut se passer en elle. 

Alors on attend encore trois minutes.
  
Et pendant ces trois dernières minutes-là le chat va se trouver dans un état de superposition quantique.

On peut même attendre plus longtemps.

Tant qu’on n’ouvre pas la boîte et qu’on ne sait pas ce qui s’est passé à l’intérieur le chat restera superposé.

Puis on ouvre la boîte. Soit le chat est dans la boîte, il va bien, il a eu un peu peur mais là ça va, il ronronne, il veut bien des croquettes pour se remettre de ses émotions.

Soit il n’y a plus rien dans la boîte.

21-1: Le chat est une particule 2




Vous n’avez pas eu de chance, cela dit. Outre le fait que vous êtes mort quasi vaporisé (c’est à peine si les équipes de secours purent récupérer, de ce corps qui fut vous : la moitié d’un œil) à cause d’un bête incident technique (« un défaut fatal de conception », s’excusera la compagnie aérienne), vous n’avez pas eu de chance du tout.  

Car vous n’êtes pas tombé, dans cet avion qui scella votre destin, sur n’importe quel binôme de physiciens quantiques ; la plupart des physiciens quantiques aurait fait comme vous : ils auraient paniqué, gesticulé, crié « Maman » ou pensé très fort à crier « Maman », se seraient battus avec leur gilet sauvetage tout en sachant très bien que ça ne changerait rien à l’affaire en fin de compte qu’ils parviennent ou non à l’enfiler, puis auraient trouvé que c’était quand même injuste, terriblement injuste, cette histoire d’avion qui perd brusquement de l’altitude, dont le pilote perd le contrôle, qui se fracasse et se transforme en torche énorme, après tout ils n’avaient trompé leur femme qu’une fois, à Hawaï, dans les années 80, est-ce  que ça justifiait que leur existence connût pareil dénouement ?...

Non, bien sûr que non. Personne ne mérite de finir pulvérisé/carbonisé sous prétexte d’avoir trompé sa femme (en plus c’était au début) une fois, à Hawaï, dans les années 80. Personne.

Les physiciens quantiques, dans une large majorité, peuvent en fait être considérés comme vous et moi: comme des êtres humains. On peut leur serrer la main, sans devoir aussitôt s’asperger les nôtres (de mains) avec une solution hydro-alcoolique puis se les frotter vigoureusement pendant au moins trente secondes. On peut leur dire « Bonjour, Buddy » comme on dirait « Bonjour, Buddy » à n’importe quel type que l’on croise dans la rue. On peut boire un café avec eux et commenter ensemble les résultats de l’Olympique, comme on le ferait avec n’importe quel collègue. On peut aussi les taquiner, voire les charrier, leur balancer des vannes quand ils renversent le contenu de leur tasse sur leur chemise, des vannes du genre : « Toi, t'es un cérébral, hein ? Toujours dans la lune, hein ? »; oui, on peut y aller, ils ne le prendront pas mal, ils savent qu’on dit ça histoire de dire, que ce n’est pas pour critiquer vraiment et que d’une certaine façon, même si on ne comprend rien à ce qu’ils font au juste comme taf, on les admire, ils ont à voir avec l’univers, avec les secrets, avec l’occulte du cosmos.

Eux donc, ça va. Parce que ce sont des physiciens quantiques orthodoxes. Ils croient en des trucs qui dépassent le commun, mais ils ne cherchent pas non plus tout le temps à franchir les bornes de l’inconcevable. 

Parution Guide de la poésie galactique

Le Guide de la poésie galactique est disponible à partir de là tout de suite chez Gros Textes.
Il y est question de poulpes, de Lagavulin et de colonne vertébrale.
La couverture est de mézigue + Ernestine Dupont-Meyrolles.


Pour en avoir un il faut soit comme d'habitude me croiser dans la rue et m'échanger le bouquin contre la promesse d'un menu kebab frites coca sauce samouraÏ, 

soit: 

envoyer un chèque de douze euros (dix euros du bouquin + 2 euros de frais de port)
à l'adresse qui suit:

Gros Textes 
Fontfourane 
05380 Châteauroux-les-Alpes 
(Chèque à l’ordre de Gros Textes)


10-1: Le chat est une particule I



Voilà comment les choses se sont passées : deux physiciens quantiques prennent l’avion, le même vol que vous : à mi-route les moteurs se mettent à tousser, s’arrêtent, prennent feu, dans leur sillage s’étirent très vite de longs panaches noir-charbon, l’avion va piquer du nez, direction droit dans la mer ou le sol, suivant où vous vous trouvez, c’est-à-dire au-dessus de quoi vous vous trouvez, n’importe comment à ces vitesses l’eau est pareille au granit, là un masque à oxygène vous dégringole sur le front comme un diable fatigué sortant piteusement d’une boîte de farce et attrapes chinoise, vous cherchez à tâtons votre gilet de sauvetage au cas où, bien que vous sachiez parfaitement qu’il n’y a jamais de survivants dans les crash aériens, à part des fois des petites filles de huit ans, et pendant tout ce temps qui n’est qu’un maigre bouquet de secondes, du coin de l’œil, machinalement, vous observez que les physiciens quantiques, eux, n’ont fait aucun geste précipité, qu’ils ont l’air parfaitement décontracté, l’idée même de catastrophe aérienne glisse sur eux telle une goutte chaude, solitaire, sur  la toile d’un parapluie qui en a connues d’autres.

Chute dans le vide. Impression que votre estomac embrasse vos poumons. Vous pensez à votre mère. Bruit d’arrachement horrible, organique. Comme si un individu monstrueux vous déchirait le bras : ce genre de bruit. Par le hublot les ailes qui se décrochent, disparaissent, englouties par l’ailleurs. Dépressurisation. Vous n’avez plus qu’une envie qui est de dire « Maman ». Même tout bas. De sentir le nom « Maman » passer vos lèvres. Mais vous n’osez pas. Peur du ridicule. Or ce qui est ridicule, en réalité, c’est de ne pas oser, puisque vos derniers instants sont arrivés. Allez-y, criez un bon coup « Maman ». Si c’est de ça dont vous avez envie. Ou « Papa ». Ou « Félicia », si « Félicia » est le nom de votre fille. (Vous avez toujours eu mauvais goût en prénoms). Allez-y. Hurlez si ça vous fait du bien. Pour une fois lâchez-vous.

De toute façon ça n’empêchera pas l’avion de plonger vers le sol ou l’océan ni le premier physicien quantique de demander à l’autre physicien quantique « Crois-tu que nous allons nous en sortir ? » en portant lentement un verre de whisky à ses lèvres, imperturbable comme pas deux, alors qu’autour tout n’est que cris de terreur ou colère (« qu’ai-je fait pour mourir maintenant ? », « fils de pute de Dieu », « fils de pute de pilote »), objets volants létaux (les téléphones portables abandonnés deviennent des armes aléatoires et mortelles), hôtesses de l’air exsangues, enfants prostrés, dames d’un certain âge marmonnant très vite des prières.

« Sans aucun problème », répond l’autre physicien quantique qui sirote avec autant de calme que son confrère une liqueur pâle-verte, du martini sans doute, et se contente de rentrer la tête dans les épaules lorsqu’un bagage à main tente de le scalper.

Ce « Sans aucun problème » prononcé d’une voix monocorde vous fait comprendre que les physiciens quantiques ne sont pas des gens comme nous, ne sont pas des gens comme tout le monde, ne sont pas des gens. Et même : qu’ils ne sont pas des êtres humains. Pas tout à fait. Pas au sens classique du terme.

Vous avez toujours envie de hurler « maman », mais vous n’osez toujours pas. Au lieu de quoi vous enfilez votre gilet de sauvetage en ayant conscience de l’absolue futilité de ce geste : après impact, il ne restera sans doute pas plus de dix pour cents de votre masse corporelle pour nager le crawl.  

Le physicien quantique (le deuxième, celui qui a parlé en dernier) repose son martini (ou breuvage approchant) sur sa tablette.

Il ajoute, avec un rictus futé :

« Inutile de se mettre la rate au court-bouillon. Il existe quantité d’univers où nous ne sommes même pas montés dans cet avion. »

A peine a-t-il fini sa phrase que tout s’éclaire, et tout part en fumée.

5-1: monstre trois: LAFUMA





Sortant de l’école où je suis venu chercher mon fils, se démarquant distinctement de ses petits camarades par son allure et sa silhouette, un enfant hideux court vers nous, les parents rassemblés devant le portail, assez vite malgré le cartable trop lourd de marque française LAFUMA – fabricant français pionnier du matériel de sport en plein air – qui lui fait sur le dos comme une bosse gigantesque et invalidante ; son nez, ne puis-je m’empêcher de noter, ne se situe pas au milieu de sa figure, ainsi qu'il est commun, mais bel et bien en lieu et place de l’œil droit, ce qui produit sur moi un effet proprement révulsif – et si l’on ajoute à cela le fait que, reconnaissant son père (parfaitement normal, lui, dans le genre italien : chaussures bicolores, pantalon gris rayé, veste de costard élimé juste ce qu’il faut, cheveux plaqués au crâne par la brillantine, allumette au coin des lèvres signalant qu’il tente de s’affranchir d’une addiction au tabac), ledit enfant ouvre, pour sourire, une bouche qui ne contient aucune dent, mais des parodies de dents entièrement dépourvues d’hydroxyapatite – ce minéral dont se compose d’ordinaire les dents – qui font penser à de petits doigts boudinés et disgracieux davantage qu’à des dents, à de minuscules doigts grossiers d’obèse ordonnés en deux obscènes double rangées, alors on comprendra bien le pas en arrière que je fis, et ma répugnance, et mon alarme : fallait-il, vraiment, qu’on autorisât cette créature abjecte, cette caricature d’écolier, à fréquenter le même établissement scolaire (groupe scolaire « Louis Pasteur ») que mon fils ? Était-il dieu permis que mon fils apprît le calcul, le dessin, la géométrie, la flûte à bec et les tables multiplicatrices en compagnie de cette aberration pseudo-humaine ? Et comment se pouvait-il, de nos jours, avec les progrès effarants de la médecine moderne et le développement et la sophistication de l’emploi des ondes à des fins de détection des anomalies, qu’on laissât sortir un être à ce point taré d’un ventre de femme ? Enfin, surtout, que penser de cet homme, le père, avec ses manières et sa vêture de mafioso, qui au moment où je vous parle laissait son fils lui sauter dans le bras comme le ferait n’importe quel père avec n’importe quel fils ? Ne devait-on pas le taxer, cet homme, de criminel? Ou au moins de déviant ? Car à quoi tout cela rimait-il ? Tout ce cirque ? Dans quel but avait-il pu tolérer que sa progéniture dégénérée croisse jusqu’à atteindre, à vue de nez, l’âge de mon propre fils (une huitaine d’année), sinon dans le but narcissico-sadique suivant : afin de posséder, près de lui, sous le coude, pour le restant de sa vie, une façon de copie-monstre de lui-même, sorte d’affreux faire-valoir filial vers lequel se retourner quand, écœuré de son propre déclin physique, il ressentirait le besoin de voir quelque chose qui lui ressemble, air de famille oblige, mais en toujours plus atroce ?  

4-1: monstre second: GLOCK




Ils n’ont pas admis qu’ils avaient tort, qu’ils s’étaient trompé de gusse, résultat des courses je me suis retrouvé en un rien de temps – l’espace d’une mini-seconde ou d’un demi clin d’œil – nu dans un de ces petits garages où l’on peut entreposer des meubles entre deux déménagements ou cacher des armes d’assaut, nu et adroitement ligoté par mes tripes et cheveux, les nœuds étaient solides, à croire qu’ils savaient ce qu’ils faisaient ou du moins qu’ils avaient l’habitude ou voyaient en tout cas comment procéder. Mais non, puisqu’ils se posaient des questions de base entre eux comme « qu’est-ce qu’on fait ? », « ce serait pas mieux s’il était plus petit ? », « est-ce que quelqu’un aurait du feu ? », ils ne devaient pas être tout à fait des professionnels (les professionnels ne se posent jamais ce genre de questions, c’est ce qui les distingue), d’ailleurs ma perplexité à ce sujet disparut telle un petit nuage de fumée aspiré par une gorge quand je vis l’un d’entre eux, l’un de ces individus kidnappeurs, retirer son visage qui n’était qu’un masque pour laisser place à un autre visage qui était le sien véritable et monstrueux, difforme et envahi de mille et mille orifices douteux, geste qui ne manqua pas de me rappeler celui d’une actrice américaine dans une série de télévision je crois des années quatre-vingt arrachant à la fin du premier épisode sa cagoule de camouflage en peau de blonde humaine et révélant un faciès reptilien, impitoyable et cruel, ce qui signifiait qu’elle n’était pas la blonde qu’on pensait mais une extraterrestre infiltrée parmi nous dont l'objectif caché ultime était de tout mettre en oeuvre pour que sa race supplante l’humanité et conquière la terre – sorte d’anticipation science-fictive de série bis sur la théorie du grand remplacement des occidentaux du tertiaire par le prolétariat international indifféremment arabo-chinois ou sino-arabe – : ainsi, je compris qu'étant des monstres, ces gars s'en fichaient complet, comme de leur première chaussette, de passer ou non pour des professionnels.


Nu, lié par les tripes et les cheveux, une boule de mes propres mèches m’obstruant la bouche, un anneau très serré de mes propres viscères m’entravant les poignets, je ne pus pas faire grand-chose lorsque le monstre démasqué s’approcha de moi et sortit de sa gabardine grise un Glock 17, arme de poing d’une fiabilité sans faille conçue par la marque éponyme autrichienne GLOCK, qu’il appliqua contre ma tempe et dont l’extrémité du canon imprima dans ma chair temporale une manière de cercle dégénéré ou d’ovale pré-létal. « Si ce n’était pas lui ? », demanda l’un des monstres non démasqués, d’une voix sans doute contrefaite d'homme d'une quarantaine d'année; en guise de réponse agacée une langue bifide surgit de l’un des mille et mille orifices pointillant la figure du monstre démasqué puis s'agita un bref instant dans les airs, y traçant une série de symboles occultes: surgissement lingual bipartite et symboles aériens qui ne pouvaient signifier, selon mon pressentiment, qu’une seule chose, à savoir : « Tant pis, ce ne sera pas la première fois qu'on se trompe de client ».     


La suite, tout le monde la connaît.



3-1: une lettre



Ma chérie, mon sucre roux, ma tendre et souple,



J’espère que cet enterrement se passe bien. Comme je regrette de ne pas être avec toi à l’heure, à la minute, au moment où j’écris cette lettre ! Je sais : je pouvais venir, tu m’as dit que je pouvais venir, tu as insisté pour que je vienne. Car c’eût été une occasion (tout de même assez lugubre ! – tu n’en disconvenais pas) de rencontrer ta famille. Mais il m’est vraiment très difficile, pour des raisons que tu connais, liées à ma condition physique et à ma condition mentale, de quitter longtemps mon appartement, mon quartier, ma ville. Tu me manques terriblement. J’aperçois le matin, en me réveillant, la forme fantôme de ton corps sur le matelas et des larmes me viennent aux yeux puis me rayent les joues puis suivent la ligne de ma mâchoire inférieure puis se perdent plus bas (sans doute poursuivent-elles ensuite leur course : cou, torse et plexus, puis l’abdomen et le pubis, l’aine et la cuisse, la colline un peu raide du genou, une glissade le long du tibia ou du péroné, puis cheville et tarse, métatarse, ongle de l’orteil – et fin du voyage).
Ensuite je bois mon café trop vite, je me brûle la langue et je ne pense qu’à toi. Ton absence déboussole toute la ville. Les gens ont de ces regards éteints ! Le boulanger vend ses baguettes sans un bonjour ni un sourire (il n’a plus du tout l’air content de vendre des baguettes), le cantonnier a cessé de siffloter les grands succès du music-hall des dernières décennies (au lieu de quoi il fixe le ciel ou quelque chose de vague dans le ciel, accroché à son balai comme un petit vieux à sa canne – à moins qu’il n’observe plutôt les pigeons, qui sont devenus étrangement agressifs entre eux depuis ton départ, il n’est pas rare d’en voir un le bec plein de sang et un autre l’œil arraché), la dame du métro (la dame que je croise souvent au métro et qui me demande toujours si ça va alors que nous ne connaissons pas) ne me demande plus si ça va. Les gens ont de ces regards éteints.
Et les immeubles se tassent sur eux-mêmes, au point que certains donnent l’impression d’avoir perdu un ou deux étages. Et le vent est devenu acide, soufré. Et les chiens cherchent à s’étrangler avec leur laisse – quand ils ne mangent pas les déjections laissées au sol par les autres chiens. Rien ne va sans toi. Je t’ai déjà dit que tu me manquais mais je le dis encore. Je voudrais que tu reviennes vite. Préviens-moi quand tu reviens, donne-moi le numéro du train. J’irai te chercher à la gare, par amour, bien ce soit une épreuve pour moi les gares, les quais de gare, la foule sur les quais des gares. 
   
As-tu bien jeté une petite bille rouge dans la tombe, comme je t’avais demandé ?
Il paraît que ça porte chance.

Je ne pense qu’à toi,


                                                                                     

                                                                  Ton transi compagnon.
                      
                      

2-1-18: premier monstre: STIHL




Je me lève matin.

Le monstre issu d’un angle du mur de ma chambre a tellement grossi entre crépuscule et aube, il a tellement enflé et envahi l’espace à partir de l’angle que c’est à peine si ses bras, qu’on peut aussi qualifier de tentacules griffus, ne parviennent pas à me saisir la peau du cou quand je descends du lit, enfile mes chaussons et part appuyer sur le bouton de la bouilloire dans la cuisine, c’est une question vraiment de quelques centimètres – il faut à tout prix que je me débarrasse de ce monstre avant que ce monstre ne me déchiquète ou me charcute et torde les organes ou autre fin de mézigue plus sordide encore et dont je me passerais.

J’ai déjà songé scie, vous pensez, j’ai songé scie manuelle, ou taille-haie de marque allemande STIHL spécialiste en matériel de motoculture forestière, ou débroussailleuse de marque STIHL et aussi tronçonneuse de la même dite marque STIHL mais bon : quelle que soit la façon dont on le retourne le problème vous présente toujours identique figure – si on tranche dans le lard d’un monstre, on peut s’attendre à l’émission littérale de geysers d'un fluide orangé visqueux qui a certes peu en commun avec notre brave vieux sang humain mais partagent néanmoins avec lui, mis à part sa nature de liquide vital : son caractère maculatoire très mauvais pour tout ce qui est papier-peint, tapisseries, tapis et moquette, literie dont taies, couvre-taies et sous-taies, draps et alèse, couette et housse de couette sans parler du matelas, en bref on peut s'attendre à une salissure totale de toute la chambre tant et si bien qu’aucune société de nettoyage industriel ne voudrait ensuite se charger de l’affaire de remettre la pièce à neuf – outre que n’importe quel agent de n’importe quelle société s’évanouirait au premier pas à cause de l’odeur très très forte de bismuth le rapport investissement-profit serait trop faible – en sorte que je ne sais, quoi faire, peut-être vaudrait-il mieux somme toute que ce soit lui, le monstre, qui m'anéantisse, moi, dans la mesure où les soucis quotidiens domestiques qui nous pourrissent en général la vie, par exemple les monstres d'appartement, ont une nette tendance à disparaître comme magiquement dès que votre matière cérébrale et donc votre esprit sont réduits au plus pur appareil par l'événement de leur destruction concrète. 

14-10: Fékir est un vrai patron




Nabil Fékir est de retour.
Depuis le début de la saison il tient Lyon sur ses épaules. 
Sept buts et quatre passes décisives en neuf matchs.
Plus d’une fois par match, il change la donne.
Des statistiques exceptionnelles.
Mais au-delà des statistiques et du jeu c’est en tant qu’homme qu’il a changé de carrure.
En tant que meneur.
Dans cette équipe lyonnaise encore jeune c’est lui que les autres suivent.
Dès qu’on lui a confié le brassard de capitaine il a changé de dimension.
A l’origine Nabil Fékir possède plutôt une personnalité introvertie.
Mais on s’aperçoit cette année qu’il a en réalité l’étoffe d’un meneur.
C’est lui que les autres suivent, c’est lui que les autres écoutent.
Le capitanat lui va bien.
Il n'a pas besoin de parler fort. 
Sur le coup-franc Fékir a pris ses responsabilités.
A la dernière minute du temps additionnel.
Petit filet dans l’angle couvert par le gardien.
Illumination. Stade qui hurle Fékir. Le jeune Houssem Aouar dans les bras de Nabil Fékir.
Puis toute l’équipe qui s’embrasse et se réjouit.
Ah ils peuvent être content les lyonnais. 
Et c’est lui, c’est Nabil Fékir qui était venu chercher la faute.
Il dribble un premier joueur il dribble un deuxième joueur et là c’est la faute.
L’arbitre lève immédiatement le bras.
L’arbitre n’hésite pas une seconde.
Sur l’action qui mène au coup-franc Fékir a également pris ses responsabilités.
En allant provoquer jusqu’à obtenir la faute.
Mariano comprend très vite que Fékir va tirer ce coup-franc.
Il y a trois joueurs, trois lyonnais autour du ballon.
Trois tireurs potentiels.
Mariano Diaz, Memphis Depay et Nabil Fékir.
Mais c’est évident que Fékir va le tirer.
Car c’est son coup-franc, c’est lui qui a obtenu la faute, c’est lui qui va le tirer.
Mariano caresse la tête de Fékir ou lui donne une petite tape sur la nuque.
Il a compris que Fékir ne laissera à personne d’autre le soin de tirer ce coup-franc.
Pourtant Memphis reste là, à côté du ballon.
Alors que Fékir a été ferme. Il a dit ce qu’il avait à dire.
Il a dit C’est moi qui vais tirer ce coup-franc.
Ensuite on voit sur le ralenti le geste de Mariano.
Avant de s’effacer pour laisser tirer Fékir il caresse la nuque de Memphis.
Ou lui donne une petite tape sur la nuque. Pour qu’il accepte.
C’est Fékir qui va tirer ce coup-franc.
Memphis s’écarte.
Subasic le gardien monégasque anticipe côté mur.
Mais Fékir ne la brosse pas au-dessus du mur.
Il la tire dans l’angle du gardien.
Subasic a trop anticipé et se retrouve pris à contre-pied.
On peut se demander si Subasic n’aurait pas dû mettre un joueur de plus dans son mur.
Cinq joueurs au lieu de quatre.
Par exemple un joueur supplémentaire qui avance sur le tireur.
Les filets tremblent.
La balle est dedans.
A la 90ème plus quatre minutes.
Trois buts à deux.
Les monégasques n’ont plus aucun espoir de revenir.
C’est à peine s’ils ont le temps de jouer l’engagement.
Déjà l’arbitre siffle la fin.
La partie est gagnée.
Fékir est un vrai patron.
Et dire que certains ne le voyaient pas revenir à son meilleur niveau après sa terrible blessure. 



27-9: M. Jean-Pierre




         Il y a des jours où même un sexe de jeune fille sur coussin de fleur ne tenterait pas*, songe M. Jean-Pierre. Du coin de l’œil, il observe le sexe qui se trouve dans le salon. Le sexe ne bouge pas. M. Jean-Pierre passe devant le sexe, va à la fenêtre, l’ouvre, elle grince. Il se demande ce que mange un sexe de jeune fille sur coussin de fleur, d’ordinaire. Comme ses cigarettes ne veulent pas sortir du paquet, il se voit obligé de déchirer un peu plus l’emballage. Cela fait deux jours maintenant que les voisins lui ont laissé ce sexe (ils sont partis dans le sud, un week-end prolongé), sans lui donner de conseils. Vous saurez bien y faire, a dit le monsieur. On vous fait confiance, M. Jean-Pierre, a dit la dame. M. Jean-Pierre allume sa cigarette. Peut-être le sexe de jeune fille se nourrit-il tout seul. Une quinte de toux saisit M. Jean-Pierre. Bronchite chronique du fumeur, a dit la dernière fois son médecin, avec un sourire navré. M. Jean-Pierre lui a souri en retour, poliment. Peut-être le sexe de jeune fille veut-il une cigarette. M. Jean-Pierre propose une cigarette au sexe de jeune fille sur coussin de fleur qui ne lui répond pas, dont les lèvres rouge sombre ne frémissent pas. Le sexe, suppose M. Jean-Pierre, ira chasser des souris, des insectes, de petites bestioles dans l’appartement dès qu’il sera parti. M. Jean-Pierre écrase sa cigarette. Il pense à vider le cendrier mais ne le fait pas. Il se dit qu’il va aller faire un tour, respirer l’air frais dans la rue, laisser le sexe un peu tranquille.


*


Quand M. Jean-Pierre revient, le sexe a mangé ; une vague plénitude, une trouble rotondité le trahit. Une souris a dû se faire avoir, pense M. Jean-Pierre. C’est très bien, trouve-t-il, si ce sexe de jeune fille peut le débarrasser des souris, c’est toujours ça. Dehors, M. Jean-Pierre a acheté des fleurs. Pour le sexe. Des roses. Il les agite au-dessus du sexe. Il en a pris exprès des bien fatiguées. Elles lâchent leurs pétales qui glissent sur le sexe et viennent se mêler aux autres pétales du coussin de fleur. Je suis bien seul, se dit M. Jean-Pierre. Il jette les tiges pleines d’épines à la poubelle.


*


On annonce qu’on va licencier deux mille ouvriers. Le délégué syndical interviewé est gros, très pâle, il dit que c’est un scandale car l’entreprise a fait un bon chiffre d’affaire cette année. Que vont faire les deux mille ouvriers. Ils ont des femmes, des enfants. On revient au présentateur. Il a l’air grave ou désolé, entre les deux. C’est bien malheureux, dit-il sur un ton qui laisse penser que ça devait arriver de toute façon. Un jour ou l’autre. M. Jean-Pierre se tourne sur son canapé. Le sexe de jeune fille est immobile, on dirait une statue de petite taille. Qu’est-ce que tu en penses, toi, demande M. Jean-Pierre. Pas de réponse. Peut-être doit-il s’y prendre autrement. Qu’est-ce que vous en pensez, vous, demande M. Jean-Pierre. Le sexe ouvre les lèvres. Le capital a besoin de destruction, déclare le sexe de jeune fille sur coussin de fleur. Le capital détruit ici pour mieux faire du profit ailleurs. M. Jean-Pierre hoche la tête, lentement, comme une poupée allemande, ancienne. Il pense à sa retraite. Il espère qu’on la lui laissera jusqu’à la fin de sa vie. Il n’est sûr de rien, car tout change, tout va très vite.





*phrase trouvée chez Jean-Pierre George, Aucun rôle dans l’espèce, Tarabuste éditions.








9-6: poèmes très courts en forme de fragments de Vagner, Perros, Vialatte, Lovecraft, Durrel



YV

–– Ils les ont brûlées au lance-flamme,
constata Boris
avant de lâcher un juron fourni, compliqué et mauvais.

GP

Bach croit en Dieu (…)
Il y croit parce qu’il travaille, qu’il acquiesce au labeur quotidien.
Au point peut-être exagéré de faire pas mal de gosses.

AV

le viol et l’adjectif,
comme la baignade,
doivent cesser au premier frisson

HPL

de longues choses rampantes munies d’antennes veloutées 
et d’un millier de pattes tombent des tuyaux
comme des gouttes de sueur

LD

Les parents de Claude ont eu l’idée
de mourir d’un cancer
dans beaucoup de souffrance

20-5: poèmes très courts



Ensemble

Des prédateurs nocturnes
et chitineux
nous entouraient ; nous résolûmes
de leur jeter le petit.

Le jeu

On se prit au jeu :
chacun tua son âne.

Ponction VII

C’est la troisième fois que je la rate. Elle ne râle pas.
Soit elle est très gentille,
soit elle ne sent plus rien.

Anticipation

Leurs yeux rouges palpitaient. « Nous sommes 
les ambassadeurs », déclara mon compagnon,  
tandis que je gardais les mains
serrées sur mon arme.

Encore

« Encore, encore », lui dit-il
sans réaliser
que c’était fini.

14-5: poèmes très courts en forme de fragments de Lainé, Aldiss, Vialatte, Ellison, Hardellet



SL

J’emporte mon arme de poing – elle pourrait abattre
un éléphant en plein vol,
paraît-il.

AH

J’en ramasse un                           [un marron d’Inde]
que j’introduis dans ma poche-revolver
et que je retrouverai un jour ratatiné, terni, minable,
tel une couille de petit vieux.

BA

Les restrictions sur les voyages étaient si grandes,
la révision des livres d’histoire poussée si loin,
l’endoctrinement des enfants si méticuleux
qu’il était presque impossible de savoir
où l’on était dans le monde. 

HE

– La vie est pleine de petites déceptions.
– Tu me rends triste.
– La vie est pleine de petites déceptions.

AV

les mouches à tête rouge, au ventre noir
rayé de blanc, s’astiquent les pattes de devant
comme un couteau de boucher, d’un geste
plus rapide que celui des machines


11-5: poèmes très courts en forme de fragments de Carpentier, Evenson, PAG, Hardellet, Bolaño



BE

Le bûcheron secoua la tête.
« Dieu n’a pas de hache comme celle-ci »,
dit-il.

PAG

C’est quand les monstres arrivent
que je suis le plus content

RB

Ecrire mal,
parler mal,
disserter sur des phénomènes tectoniques
au milieu d’un dîner de reptiles

AC

le cri mélismatique
d’un géant noir
qui porte un panier de calmars
sur la tête


AH

Les archives sont gardées nuit et jour par les Brigades de Sécurité,
dont on connaît les méthodes pour entretenir le bon esprit civique.
Ce déploiement de forces et de précautions
apparaît peu proportionné
avec la convoitise des cambrioleurs ou des espions :
qui risquerait sa peau pour apprendre, par exemple,
combien de rousses sont passées rue Nathalie-Sarraute
pendant la journée du 3 juin 1984 ?